Nouvelles Sud - juin 2020

Nouvelles du Sud - Identité Amérique Indienne (recues le 18 mai pour sortir en juin)

 

Un grand bonjour depuis le Pérou, pour vous tous, de la part de Danielle.

Dans ces nouvelles je me concentrerai sur les évènements concernant les 4 communautés Quechua qu’Identité Amérique Indienne appuie dans les Andes péruviennes (Huilloc, Patacancha, Rumira Sondormayor et Challwaccocha), le témoignage de notre stagiaire liégeoise Marie Lefebvre et celui de différents membres des communautés. Ensuite nous, ferons le tour du contexte général.  Ce 15 mai, au Pérou, comme dans le monde entier, notre humanité est agressée par une crise sanitaire à dimension mondiale. L’ampleur des pertes humaines à ce jour : (334 000 morts dans le monde dont 80% en Occident, 8 903 morts en Belgique et 2 267 morts au Pérou.)  L’Amérique du sud s’apprête à passer le pire mois depuis de début de la pandémie. On ne sait pas quand va s’aplanir la courbe de contagion. La situation nous amène une réflexion sur nos modes de penser et nous montre clairement les dérives de nos sociétés productivistes et globalisées. La globalisation et le « progrès » se trouve au centre du questionnement. La globalisation « heureuse » débutée en 1980 se termine avec Covid 19. Cette pandémie, vient de nous imposer prison à domicile durant plus de 60 jours. Cette paralysie entrouvre une nouvelle aire de l’humanité ? Nous redéfinirons des sociétés plus solidaires, inclusives, durables, simples qui remplaceront le projet néolibéral mortifère qui prend fin ? C’est à chacun de mieux s’informer et de réagir aujourd’hui.

Nouvelles Sud juin 2020


Stress, la pandémie atteint la communauté de Huilloc le 20 avril.

Un voyageur occasionnel venu de Vicabamba est arrivé le 20 avril à Huilloc et fut hébergé innocemment par une famille. Le lendemain, le voyageur a été retrouvé mort au lit. Les médecins ont pris une preuve rapide et ont détecté le virus. La route fut fermée avec des rochers, et les communautés furent complètement isolées et en quarantaine durant 14 jours. C’est seulement le 4 mai que la communauté a pu commencer à bouger. Militaires et policiers ont sillonné la rue pour contrôler les personnes. Mais finalement rien de mal. La Cuenca Patacancha ne compte aucun cas de corona virus. Ce fut un bon exercice pour une prise de conscience et de meilleures préventions.

Le gouvernement péruvien a annoncé, déjà en mars, plusieurs subventions d’appui. Cependant, ces subventions sont plutôt des jeux d’influence en vue des prochaines élections, car ces subventions n’arrivent pas dans les poches des bénéficiaires. Nous vous en dirons plus en juin… Le bon universel de 760 soles, le bon pour les agriculteurs, le bon pour les indépendants, le bon de « je reste à la maison » de 380 soles… toutes ces subventions font effet de pub pour le Président, mais en attendant les poches des gens sont vides, l’argent n’arrive pas aux bénéficiaires… Dans nos communautés, personne n’a encore rien reçu. La municipalité qui a reçu un fond pour payer des paniers de légumes dans la communauté a gardé lâchement l’argent et a fait une collecte à Ollantaytambo pour envoyer un petit quelque chose.



Témoignage de notre stagiaire au Pérou - Marie Lefebvre

« Qui aurait su qu’une route de 40 minutes, brinquebalée dans une camionnette, me mènerait vers une expérience aussi incroyable et saisissante que le paysage de la vallée de Patacancha ?

Et pourtant, le village de Huilloc est la preuve que les traditions ancestrales ne se perdent jamais, elles coulent dans le sang de ces habitants qui vivent aujourd’hui entre deux mondes, ils sont les Inkas Vivientes. Ils sont forts et fiers comme les montagnes qui les entourent, qui, comme les rivières, les ont vu naitre et les protègent.

Ce village abrite une terre aussi colorée et généreuse que ses habitants, qui sont dotés d’une hospitalité sans limite, le cœur ouvert pour partager, échanger sur la vie, et sur cet environnement magique qu’ils connaissent si bien. Les maisons restent ouvertes à qui souhaite s’asseoir et discuter avec la tisserande qui, de ses doigts, façonne des symboles originels, pour jouer avec les enfants, ou bien afin de partager un bon repas riche et copieux.

J’ai donc passé presque deux mois sans apercevoir ni la lune, ni le coucher du soleil. Pourtant, les regards éclatants et bienveillants des runa simis de Huilloc m’ont ébloui comme la lumière de l’astre de la nuit, et leurs sourires chaleureux m’ont réchauffée comme les couleurs d’un coucher de soleil.

J’ai eu la chance de faire partie de leur quotidien, de me lever avec eux, travailler au champ, d’apprendre à tisser, de célébrer le carnaval ensemble, d’aller pêcher, de partager les repas, et de découvrir comment ils s’alimentent en nourrissant la terre d’amour et de respect afin qu’elle les nourrisse à leur tour.

Entre deux mots en quechua et un sourire, nous nous comprenions, car les choses sont bien plus simples et sans artifices ici-bas.  Ainsi, en deux mois, je suis passée de simple pasajera à une amie, une alliée à l’autre bout du monde.

Chaque journée dans la communauté était enrichie de sons remplis de vie : les éclats de rires des enfants, le bourdonnement du pututu à la venue de touristes, le grondement de la rivière, les voix de la radio, le silence de celles qui tissent, le braiment d’un âne dans le lointain…Ces ondes font vibrer une vallée qui ne dort jamais, et qui ne cesse de faire rêver.

La fin de mon séjour fut étrange, il s’est écourté de manière brusque. Je n’ai pas pu prendre le temps de préparer mon départ, de faire mes adieux, de leur faire tous mes vœux. Alors, je leur ai donné un « aurevoir », car je reviendrai en ayant préparé mon retour. »

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Témoignage des jeunes de la Cuenca Patacancha

Daniel, Coordinateur de tourisme de Inkas vivientes

« C’est un plaisir et une assurance de revenir en force à l’agriculture.  La situation économique est très mauvaise, nous n’avons pas de travail, pas de tourisme, l’agriculture c’est tout ce que nous avons pour continuer à vivre. Pour cette raison, nous devons augmenter et diversifier nos productions de légumes. Nous devons reprendre la culture du champignon pleurote expérimentée en 2014 avec succès avec 4 familles. C’est un apport de protéines qui nous manque sérieusement. Mon message à la Belgique : Merci beaucoup de rester en contact avec nos communautés, un jour vous reviendrez jusqu’ ici. »

Flor Karina, étudiante infirmière

« Nous sommes enfermés à la maison de 7h du matin à 4h de l’après-midi. Avec le stress de la mort du voyageur, 9 familles sont restées en isolement complet sans sortir durant 14 jours. Tout le monde a été effrayé. La distance de 1m50 imposée est observée, tous portent le masque. Les étudiants ont de grandes difficultés dans leurs classes virtuelles, car quand nous ne comprenons pas bien, il nous est impossible de recevoir les explications privées de la part du professeur. Les jeunes ressentent le manque de dialogue avec les enseignants.

Message à la Belgique : Recevez nos saluts, un jour viendra où vous pourrez revenir nous visiter, nous avons les montagnes tranquilles et l’air pur. »

Carlota, étudiante en tourisme

« Malgré toute la tristesse de la situation, le positif est que les familles séparées, avec les jeunes étudiants en ville pour les études et les hommes travaillant sur le chemin de l’Inka, sont tous revenus au bercail. Le 16 mars, tous ont repris le chemin de la communauté. Les familles vont aux champs pour les semailles ou les récoltes. Les étudiants ont besoin d’internet pour le télétravail et les appels vidéo. Internet est très lent. Il nous faudrait un budget pour améliorer internet. Mon message à la Belgique est que chacun fasse attention contre la propagation, nous vous aimons beaucoup et nous espérons vous voir bientôt dans notre communauté. »

Gregorio Président de Huilloc

« Les familles sont rassemblées et tout aident aux travaux des champs. La situation économique est très mauvaise, et pour cette raison, nous aimerions développer un projet productif, un projet agroécologique. Pour le problème informatique, de manière urgente, nous devons demander uneantenne Bitel. »

Rolando Membre de Patacancha

« Notre situation économique est très critique. Nous n’avons pas de travail. Normalement je suis instituteur, mais le jardin d’enfant est fermé. Il n’y a plus aucun avion international, il n’y a aucun touriste et notre initiative touristique ne fonctionne plus. Nous avons une base, mais il nous manque de la nourriture. Pour cette raison, l’idée de commencer un projet de serres écologiques pour cultiver évitant le froid serait excellent pour nous. Pour mettre en œuvre ce nouveau projet, nous vous demandons des semences de chou fleurs, betteraves, bettes, laitues, et des plastiques pour construire le toit des serres. Les murs, nous les faisons en argile. »

 

APPEL A L’AIDE POUR UN DON POUR CONSTRUCTION DE SERRES AGROECOLOGIQUES.

 

En 2020 le Pérou est en proie à une grave crise migratoire.

Avril et mars 2020, ce sont 190 000 personnes qui fuient Lima et les villes en général pour retrouver leur lieu de naissance. Les migrations rurales au Pérou ont principalement commencé en 1940. Lima à cette époque comptait un million d’habitants. Aujourd’hui à Lima habitent 11 millions de personnes. Lima est le principal but de migration à l’intérieur du pays en recherche de travail et d’un futur meilleur. Depuis la déclaration de l’urgence nationale le 16 mars, des milliers de familles retournent à la campagne. Au mois de mars, ils ont dépensé leurs maigres économies et la faim, la peur, la perte d’emploi a eu raison de leur séjour en ville (80% des travailleurs étaient informels et maintenant on peut compter 90% sans revenus). Les femmes de ménage sont mises à la rue sans compensation. Certaines familles sont expulsées de leur logement car elles ne peuvent plus payer. Sans rien, les familles commencent une dangereuse traversée à pied. Les véhicules coûtent trop cher : par camion, 50€ par personne et en voiture, 100€ par personne… quand normalement un transport coûte de 10 à 20€. Des avions ont rapatrié les classes moyennes et les riches. Des 17 000 personnes qui veulent rejoindre Cusco, 300 ont été envoyés en bus, car ils se sont inscrits dans le programme « opération Ayni » du Gouvernement Régional. Pour 5000 personnes, des bus ont été préparés, le retour vers les campagnes s’appelle « opération Ayni ». Les bus concernent les migrants prioritaires, personnes du troisième âge, enfants, femmes enceintes et malades. Le gouvernement est lent dans ses gestions. Les gens n’attendent plus les promesses du président Vizcarra. Des camps provisoires s’organisent le long de la panaméricaine, pour dormir la nuit, certaines écoles sont aménagées en auberges momentanées. Les femmes enceintes, les bébés, les enfants sont désespérés et ils ont faim et froid. Certains sont morts accidentés sur la route ou traversant les rivières. Ils sont unis dans l’adversité. Ils ont créé des groupes what’s app pour rester en communication. Sur la route les voyageurs sont arrêtés par la police et souvent emprisonnés.

Le Président a promis de faire des tests pour détecter les personnes contagieuses et leur imposer 14 jours de quarantaine pour éviter la propagation du virus dans leur famille. Les Gouvernements Régionaux doivent ouvrir des centres d’accueil pour que les migrants passent 14 jours de quarantaine. Ils doivent distribuer des kits de désinfection et donner l’alimentation, mais les fonds manquent. Les régions n’ont pas cet argent, même pas pour fournir le papier hygiénique, le savon et les frais de logements.

D’autres migrations au nord du pays débouchent également sur beaucoup de souffrance. Les jeunes travailleuses des sommets Andins de Ancash sont descendues comme journalières à la côte pour la récolte du coton et, surprise ! Elles ne peuvent retourner dans leur famille. Elles ont commencé la marche de 280 km, mais ont été emprisonnées.

Les migrations Vénézuéliennes ont commencé en 2015 à cause du blocus USA organisé pour appauvrir les populations. Des dizaines de milliers (770 000 personnes) sont arrivées au Pérou. Au total 4 millions de vénézuéliens ont été financés par les ONG des USA à hauteur de 270 millions de $ pour rejoindre l’Equateur, le Chili, le Pérou. Ce flux Vénézuélien a provoqué la chute des salaires, une augmentation des vendeurs ambulants et le sous-emploi. Depuis ce mois d’avril le Président Maduro du Venezuela affrète des bus de retour à la patrie, pour renforcer le régime. Après avoir vécu de si mauvaises expériences au Pérou, le racisme des locaux, la faim, la mendicité, ils retournent vers leur système qui leur offre au moins soins et éducation gratuite. Ces migrants prennent le sens inverse, sortent du Pérou, enfin convaincus du retour nécessaire.

compte - Projets Sud - IAI

 


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