Nouvelles Sud - février -mars

NOUVELLES DE FÉVRIER AVEC COMPLEMENT ÉCRIT LE 16/3

Danielle Meunier,

Volontaire à Cusco Pérou.

Petit rappel historique :

Identité Amérique Indienne, est une association sans but lucratifs depuis 31 ans qui a choisi d’appuyer les populations originaires et ses organisations, en Amérique du sud. Au cours des années, de nombreux bénévoles ont donné la parole aux indigènes et défendu la culture et le territoire des Tobas du gran Chaco d’Argentine, celle des Mapuches du Chili, celle des Kichwas d’Amazonie Equatorienne, Au Pérou, celle des quechua -Wanka de Huancayo et ces 10 dernières années, celle des Quechua de la Cuenca YAURICUNCA (1) -Cusco. Au cours de ces 31 ans, nous avons pu rencontrer les représentants de ces différents peuples qui ont en commun l’affrontement à un système néolibéral basé sur les divisions et les exploitations. En 2021, notre association appuie par de petits projets « l’association des jeunes indigènes inkas vivants » et par le relais des informations de la communauté de Sarayaku en Equateur.

Nom traditionnel de la Cuenca, réutilisé cette année.

Pérou chaotique : crise politique, sanitaire, économique.

Le Pérou ainsi que tous les pays sud-centre Amérique, célèbrent le 28 juillet 2021 le bicentenaire de leur indépendance à la couronne Espagnole. Avant cette date, le Pérou n’existait pas encore. Il était une colonie espagnole. Et Si nous faisions un petit retour en arrière, et une petite réflexion sur les 50 dernières années politiques du Pérou ?

On découvrirait dans les années 70, l’unique politique visionnaire, Juan Velazco Alvarado qui a Présidé entre 1968 et 1975 le Gouvernement Révolutionnaire, mettant en œuvre une réforme agraire, mettant fin à l’esclavagisme en rendant les terres aux familles paysannes et indigènes, promotionnant les coopératives, nationalisant les richesses minières et créant l’éducation bilingue reconnaissant le Quechua égal à l’Espagnol. Tout un changement !  Depuis ces années 70 décidément révolutionnaires, une liste de 6 chefs d’états " délinquants " a dirigé le Pérou pour les intérêts des colons étrangers (donc en fait d’indépendance, on peut se poser des questions…) Ces 6 ex chefs d’états sont soit emprisonnés, assignés à résidence, en voie d’extradition ou soi-disant suicidés et en fuite à Paris pour échapper à la justice. La liste est longue. Ces 6 chefs d´états connus mondialement sont : Alan Garcia, Alberto Fujimori, Alejandro Toledo, Ollanta Humala, Pedro Pablo Kuczynski (PPK), et de Martin Vizcarra. Aujourd´hui 16/3, on parle de son arrestation pour corruption, pour la « vacuna gate » de s’être honteusement fait vacciner ainsi que 200 fonctionnaires, avant tout le monde.

Quant à l’actualité récente, le Pérou a vu se succéder 3 présidents en 10 jours. Le 9 novembre 2020, le Président Vizcarra mis en place par PPk, fut expulsé du pouvoir pour corruption et remplacé 5 jours par Manuel Merino, lui-même remplacé par l’actuel Président Francisco Sagasti monté en grade le 17 novembre 2020. Sagasti dirige un gouvernement intérimaire jusqu’ au 11 avril, date des prochaines élections.

Pour faire court, ce sont 20 congressistes qui ont choisi l’actuel président Sagasti. Le peuple n’a pas eu droit aux élections libres et démocratiques. Le Pérou n’est pas un pays de droits depuis longtemps.  Le Pérou ne suit pas les bons exemples des nations voisines comme celui de la Bolivie, de sa politique de décolonisation et son économie calculée pour le bénéfice du peuple. Il ne suit pas non plus la voie de l’assemblée constituante en cours au Chili avec les changements de constitution… La crise sanitaire est prise en otage pour empêcher tout changement. La quarantaine est prolongée jusqu’ au 15 février et on peut imaginer qu’elle durera jusqu’ à fin avril pour annuler les prochaines élections du 11 avril 2021. On ne peut pas croire les médias mensonges. Le but est de visser le néolibéralisme au pouvoir. Depuis un an, jour pour jour, 49 200 personnes sont décédées du covid 19, au Pérou. La Belgique et le Pérou sont les deux pays les plus atteints dans le monde. Tristes records.

Le 14 novembre, lors de la marche de 100 000 manifestants, deux jeunes, Inti Sotelo et Bryan Pintado tombèrent sous les balles des forces armées. Les manifestants exigeaient l’expulsion de Manuel Merino, un changement de système, le processus pénal de 6 ex-présidents, contre les emprunts 11 milles millions du FMI au profit des monopoles ainsi que le changement de la constitution écrite par Fujimori en 1993. La situation au Pérou ne sera jamais plus la même depuis la mort d’Inti et Bryan abattus par balles. Les jeunes se sont réveillés. L’impunité des forces policières ont permis l’assassinat de 9 dirigeants de l’Amazonie.

 

La vie effervescente de l’association inkas vivants.

En décembre, 6000 personnes de la vallée, ont passé les tests covid 19. Pas une seule personne n’est contaminée. Dans certains cas, l’isolement est une bonne chose. L’aspect négatif est la perte de travail et l’anéantissement de toutes ressources économiques à cause du Covid 19. La zone normalement est très touristique, mais depuis le 13 mars, plus une seule visite touristique. Plus de travail de cuisinier ou de porteur sur le chemin de l’Inca jusqu’ à Machu Picchu. La seule manière de survivre est l’agriculture familiale aidée par le retour des jeunes étudiants des familles n’ayant plus de possibilités de payer des loyers en villes et les jeunes vivent dans leur famille. L’économie de la région est à zéro. L’économie du pays a basculé dans le vide et l’informalité qui atteint 80% maintenant.

La course aux financements de projets que j’ai énergiquement réalisée durant les longues heures de confinement porte ses fruits en 2021. La majorité des projets conçus visent la commercialisation de produits confectionnés avec des matériaux de la vallée. Que ce soit les chapeaux traditionnels, les tissages, les pommades de plantes médicinales, les huiles essentielles, les shampoings, les savons, les filtres à eau en céramique d’argile, toutes ces initiatives vont susciter des mini entreprises pour améliorer la vie économique des familles et une certaine autonomie.

1) Nous avons reçu 3000 euros de la Ville de Liège, (la commission Liège-Monde) pour le projet " plantes médicinales" et nous venons de commencer les activités en janvier, avec du retard lié à la situation Covid :

 

  • Le 25/01 La visite impressionnante de 40 membres de notre association, de l’entreprise de création de pommades, thé, shampooing, savons, de la communauté Amaru de Pisaq, organisée depuis 18 ans, connue comme parc de la papa
  • Les 27, 28/01, La formation théorique avec deux professeurs, sur la création de remèdes à Huilloc et à Patacancha.  Chaque membre a apporté les plantes locales et une investigation des propriétés a été lancée. Nous avons 75 plantes identifiées.
  • Le 15/02, La formation pratique à Huilloc pour créer avec 3 types de plantes qui seront séchées préalablement. Ces jours ci ce fut la course à Cusco pour acheter le matériel nécessaire pour la formation. Les récipients à pommades commandés à Lima, les casseroles pour faire les cuissons au bain marie, les graisses etc.

Projet plantes médicinales

 

2) Projet iconographie textile : Le 12 octobre, nous avons reçu du ministère de la culture de Lima, une somme de 300 euros, pour imprimer un livre recensant les principales icones ou symboles conservés dans les tissages réalisés dans nos communautés.  Le recensement et interprétation est fait. Les traductions en Quechua, en Français et en Anglais aussi.    Le livre servira à patenter les icones pour prévenir les possibles accaparements injustes de la part de stylistes peu scrupuleux. Nous ferons respecter les droits intellectuels de notre vallée.

3) Le 10 octobre, nous avons reçu 17 000 euros pour un projet de l’ONG Suisse, SST, afin de développer pour 36 familles, des foyers à bois dont les cheminées évitent les maladies pulmonaires des mamans, car toutes ne sont pas dotées de cuisines améliorées. Le second aspect du projet est la venue de Celina Velotori passée en 2017 dans la communauté, en tant que peintre muraliste. (Voir sur la page facebook Danielle Meunier les albums photo des réalisations des pachamuralistes en 2017.)  Celina est spécialiste des filtres à eau en céramique et mettra à l’œuvre nos 36 familles pour apprendre à faire les filtres à eau évitant les parasites de l’eau.

4) Notre problème le plus grand est l’administration bancaire et des registres publiques qui nous ont provoqué plusieurs mois de retard pour la réception des fonds d’une ONG USA pour lutter contre les deux concessions minières qui menacent la vallée.

5) Au mois de juin 2020, depuis Bruxelles, nous avons reçu une demande de confection de modèles textiles à exporter en Belgique. L’organisation est lente, mais nous sommes en marche vers la commercialisation textile à l’étranger. Etant donné que les dames tisserandes n’ont plus aucune possibilité de vendre à cause de la pandémie et de l’arrêt du tourisme, c’est une généreuse idée de la part de l’entreprise VIVADIS de créer cette expérience commerciale.

6) En septembre 2018, avec 2500 euros (don pour un projet chapeau), nous avions reçu les enseignements de paillaypunchu, spécialiste de chapeaux en laine blanche. Depuis janvier 2021, faute de travail hors de la vallée, la conscience surgit, dans l’urgence et la forte nécessité économique. 5 familles de la communauté de Patacancha et Rumira et 15 familles de la communauté de Huilloc ont organisé un local improvisé et les journées de production. La pandémie a donc produit l’effet positif de l’organisation vers plus d’autonomie économique et la production locale. Il a fallu du temps, mais c’est gagné. L’habitude de produire va sans doute s’étendre dans la vallée.

Cette pandémie est terrible pour chacun de nous. A nous aussi de voir comment se tranquilliser à travers l’adversité et d´ imaginer les opportunités qui peuvent se profiler en vue d’un grand changement de société, vers un monde plus simple. « Moins de consommation et plus de liens ». Selon la philosophie de la simplicité volontaire.

Mon projet personnel (suite).

La grande serre construite durant 4 mois, à une demi-heure du centre de Cusco, se peuple peu à peu. Les épinards, les bettes, les radis sont les premiers apparus. Ensuite murissent tomates, aubergines, poivrons, petits pois, courgettes… Pour palier à un manque de légumes bio, pour prévenir la fermeture surprise des banques, pour partager la nourriture si elle se fait rare…  Pour le moment, cela ressemble à une petite fantaisie et un jour cela pourrait être une porte de survie. Nous verrons bien. Mais de toute manière qu’est-ce que ça fait plaisir de toucher la Pachamama d´encore plus près.


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